GAZA: LA GRANDE EVASION…


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J’ai découvert Gaza au printemps 1993. C’était lors de la première intifada.
Nous étions trois et notre entrée dans cette étroite bande de terre de 40 km de long sur 8 km de large -1 300 000 habitants- s’était faite de manière aussi rocambolesque que dangereuse.
« On en revient marqué à vie« , m’avait prévenu un ami des Bouches du Rhône. C’était vrai.
Les soldats israéliens qui occupaient alors la bande de Gaza étaient dans une tension extrême. La haine de l’occupation et la résistance était partout: dans le regard des hommes et des femmes. Et aussi des enfants.

Au camp de Chati (« Beach Camp »), 70 000 habitants issus des familles réfugiées de la Guerre de 1948, on avait recensé l’année précédente 152 jours (!) de couvre-feu absolu.
On sortait le matin pour aller travailler. Quelques heures plus tard, une jeep israélienne passait toutes sirènes hurlantes et l’ordre avait claqué: « Couvre-feu! ».
Chacun confiné chez lui. Pour ceux qui se hasardaient à sortir, les tirs sans sommation.
Arrestations, morts, cris, tirs, lamentations, fumeroles, rideaux de commerces désespéremment baissés. Des ombres résistantes. C’était cela l’occupation.

J’y suis retourné en 1994. Les accords d’Oslo avaient été signés.
Gaza respirait un peu. Les 5000 colons étaient toujours là mais l’armée d’occupation était partie et avec elle tout un cortège de douleurs et de drames quotidiens.
En 1998 puis en 1999 je suis reparti à Gaza rencontrer des hommes et des femmes, des responsables qui essayaient de construire, de reconstruire sur cette terre dévastée.
Le surpeuplement et l’enfermement étaient toujours là. Mais on commençait à oublier la peur. L’atmosphère était détendue: tabliers blancs des écolières, tentative de création d’un festival du livre, volonté de faire fonctionner des équipements électriques avec cette unique centrale au fioul dont nous avions, mon ami Christian Robert de la CCAS des Electriciens et Gaziers et moi-même, rencontré les ingénieurs.
A ce moment-là, il n’y avait plus aucune roquette sur Sderot, ville israélienne voisine.

Tout a basculé avec l’arrivée de B. Netanhayu au gouvernement d’Israël, avec l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et l’enfermement de plus en plus intenable des habitants de Gaza.
Avec A. Sharon, le gouvernement israélien a décidé d’effacer les Accords d’Oslo.
A Gaza, la vie est devenue invivable pour toute une population qui a sombré dans la famine et le désespoir.
Des associations israéliennes se sont regroupées et ont organisé des convois de solidarité. Elles ont fait un recours à la Cour Suprême d’Israël contre le siège de Gaza.

Aujourd’hui Gaza, c’est le dernier cercle de l’enfer. Un « Bangladesh » sur Méditerranée dont on ne peut même pas sortir. Et les roquettes aussi meurtrières que dérisoires on recommencé à retomber sur la ville de Sderot.

Alors une nuit de janvier, des militants ont fait exploser le mur de cette grande prison à ciel ouvert. Pour des dizaines de milliers de Gazaouis, ça a été la grande évasion. Vers le pain, la nourriture, l’essence, des médicaments, quelques petites bribes de vie.

Mais que faut-il donc pour que la conscience occidentale et la France cessent de fuir leurs responsabilités? Pour qu’elles ne se taisent plus devant cette tragédie dont on connaît tous les détails mais dont on ne mesure pas le ressentiment juste qu’elle nourrit dans le reste du monde à l’égard d’un Occident aveugle et sourd?

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One Response to GAZA: LA GRANDE EVASION…

  1. marcelle meyer dit :

    cher Paul, excellent article qui nous montre l’incapacite de nombreuses nations de
    n’avoir aucun sentiment d’humanite pour ces malheureux habitants de la bande de Gaza. Merci pour tous ceux qui souffrent de ce manque de liberte et du manque de
    necessites les plus elementaires de ton combat journalier a faire entendre leurs cris
    d’humains delaisses par tant d’egoistes. J’ai aussi lu avec plaisir les autres aricles de ton blog. A bientot je l’espere, marcelle, N.O.

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