AZIZ BINEBINE: TAZMAMART, CETTE IRREDUCTIBLE VOLONTE DE DIGNITE.


tazmamart

Loin des cartes postales, Marrakech sera toujours pour moi, d’abord, la rencontre exceptionnelle au printemps 2001 avec Aziz BineBine, l’un des rares survivants du bagne mouroir de Tazmamart.
Son frère, mon ami Mahi, que le Festival TransMéditerranée avait reçu en tant qu’écrivain et peintre résidait alors à Paris.
Sachant que j’allais me rendre à Essaouira, Mahi m’avait recommandé: « Va à Marrakech et vois Aziz« .
C’est ainsi que je pris la route de Marrakech non pas pour découvrir la plus ensorcelante des capitales impériales du Maroc mais pour écouter le récit incandescent et incroyablement serein d’un voyage de plus de dix-huit ans en enfer.

Dans la « Divine Comédie », Dante avait imaginé l’enfer en sept cercles, le septième étant le plus terrible.
Hassan II, lui, en avait créé un huitième, sur Terre, à Tazmamart.
Là, dans cette région désertique du Tafilalelt, des hommes qui avaient purgé la peine à laquelle ils avaient été condamnés pour avoir participé – souvent à leur corps défendant – à la tentative de coup d’Etat de Skhirat en juillet 1971, devaient mourir à petit feu, privés de toute lumière et isolés chacun dans des cellules de béton sans hygiène, sans médicament, en haillons.

Aziz BineBine fait partie de la poignée de rescapés de cette horreur intégrale où il n’y avait aucune alternative à l’enfoncement progressif dans la mort lente et la déchéance physique et intellectuelle.
Ce qui lui a permis de survivre?
Une foi musulmane ouverte et intense, une très vaste culture et un sens de l’autre qui, même le pire, demeure un frère.
Car le secret de sa survie, comme il l’a expliqué à Grasse lors de la présentation de son livre « Tazmamort« , c’est aussi le refus absolu de toute haine qui « empoisonne et finalement détruit celui qui en est porteur« .

Au delà du témoignage bouleversant et infiniment pudique sur ses camarades enterrés à la sauvette dans la cour du bagne qu’il fait revivre, Aziz BineBine donne, avec une modestie et une dignité immenses, une magnifique leçon de vie.
Même devenu poussière, l’être humain demeure irréductiblement lumineux dès lors qu’il a choisi la dignité et la résistance.

« TAZMAMORT » – Aziz BineBine – Ed. Denoël – 215 p. – 17 €

Voir la video:

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6 Responses to AZIZ BINEBINE: TAZMAMART, CETTE IRREDUCTIBLE VOLONTE DE DIGNITE.

  1. Silvia dit :

    La vie est faite des sentiers que nous parcourons tous plus ou moins sous la bienveillance des choses essentielles,et souvent nous passons en aveugles à leur côté.
    Nous vivons chaque jour le merveilleux miracle de l’air, de l’eau,de la lumière,du parfum d’une fleur, de se regarder dans une glace et dans les yeux des semblables.
    Et nous ne voyons rien,ou si peu…
    Ma rencontre avec Aziz et ses compagnons a été l’extraordinaire retrouvaille de sens, un phare de lumière triomphant de l’horreur, et par delà de toutes les choses cette apaisante certitude de trouver enfin le chemin de la résiliance.
    Son livre vous livre les pires horreurs qu’un être humain peut infliger aux autres,et se faisant il vous entraine vers la formidable capacité de la Tolérance,la Foi,et le Pardon sans fards, ni calculs, juste une certitude,le meilleur reste à vivre.
    La veste militaire qu’il rend à la fin du calvaire à son dernier géolier??
    N’est ce pas cela la seule réponse a l’oppresseur?

  2. Kaci dit :

    Il est des pages qui ne doivent jamais être tournées.
    Qu’on le voudrait, le renouvellement de tels drames en serait assuré.
    Ce texte et cette vidéo, à leurs mesures, nous en prémunissent si cela est possible.
    Et le témoignage d’Aziz Binebine laisse pantois de force et du goût de vivre, très simplement. Ce faisant, il nous interdit la complaisance et la sensiblerie.
    Merci à Paul Euzière et à l’auteur de cette vidéo. Kaci

  3. L.K. dit :

    Bonjour monsieur,

    Je tenais à vous remercier pour m’avoir accordé de votre attention et de votre temps quant à mon « affaire », je pense que vous me reconnaitrez, ma plainte a été classée sans suite malgrè la gravité de mes blessures qui attestent de la violence dont j’ai été l’objet.

    Merci encore et bonne journée.

    L.K.

  4. MERFOUD Fatiha dit :

    Dieu vous a donné la sérénité d’accepter les choses que vous ne pouviez changer.
    Dieu vous a donné le courage de changer les choses qui étaient possible.
    Dieu vous a donné la sagesse de savoir faire la différence entre les deux.

    Le hasard n’existe pas. Dans cet enfer, avec toutes les horreurs que vous avez vécues, vous avez été nommé Ambassadeur du Paradis (El Mouktoub) pour apporter à vos compagnons de cellules un rayon de soleil. Toutes vos histoires, les ont fait voyager, sortir des ténèbres, illuminer leurs cœurs…..
    Vous avez une manière remarquable de raconter.
    En vous lisant, c’est comme si j’étais assise auprès de vous dans votre cellule et avalais chaque mot.J’ai tout imaginé jusqu’aux moindres détails.
    Je vous écouterais et/ou vous lirais durant des heures, sans jamais me lasser.

    Comme je vous l’ai dit le jour de la conférence à Grasse, vous nous emmenez à relativiser.Encore une fois c’est le Mouktoub qui a fait cette rencontre, et cette rencontre a donné un grand soleil à ma vie.

    Merci Monsieur Aziz BineBine et j’espère que l’on pourra à nouveau vous lire et/ou vous entendre.

    Grand merci à Paul Euzière sans qui cette rencontre n’aurait pas eu lieu.

  5. med dit :

    Je me suis attaché bizarrement à ce témoignage- rien ne vaut les sentiments véridiques- dés que je commence à lire un paragraphe qui nous brosse l’histoire de l’un des prisonniers, je me vois plonger inéluctablement dans une consternation inextinguible car je sais que ce paragraphe se terminera par la mort de ce prisonnier et ce qui me touche le plus est la véracité des faits.

    La lecture de ce témoignage m’a stimulé à tel point que j’ai compté faire une thèse qui consiste à relever la différence entre le témoignage et le roman de « Cette aveuglante absence de lumière » qui est une fiction extravagante et hyperbolique excessivement et en plus l’auteur commet quelques inadvertances.

  6. Je suis encore étonné que l’on puisse survivre plus d’un an dans un tel enfer. Les autorités marocaines sont totalement responsable de ce crime contre l’humanité que rien ne justifie. Les 18 trous pour aérer chaque cellule correspondent aux 18 ans de bagne et aux 18 trous d’un parcours de golf que Hassan 2 voulait parcourir!

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