GAZA: ON NE POURRA PAS DIRE « JE NE SAVAIS PAS »!


A quatre reprises je me suis rendu à Gaza et j’y suis resté plusieurs jours.
La première fois, il y a 17 ans.
A mon retour à Jerusalem, au Patriarcat Latin, un prêtre catholique palestinien, le Père Khoury, avait eu ces mots dans un français impeccable:  « Vous revenez de Gaza. Alors vous avez vu le fond du fond de la misère palestinienne« .

C’était encore la première Intifada, le soulèvement général contre l’occupation.
Un quotidien étouffant de guerre: personne dans les rues, tous les commerces rideaux baissés, les jeeps israéliennes qui fonçaient toute sirène hurlante, les tirs incessants, les fumeroles qui montaient vers le ciel.
Nous étions trois, nous avions attendu plus de cinq heures dans le no man’s land frontalier de Erez le contact qui devrait nous faire découvrir cet enfer de 40 km de long sur 8 km de large où 1,3 millions d’hommes, femmes et enfants tentaient de survivre.
Pourtant, le soir venu, hébergés dans une famille palestinienne, nous avions subitement été plongés dans un autre univers de générosité, d’attention et de cette extraordinaire douceur que savent offrir les peuples arabes à celui qui vient les mains ouvertes.

Je suis retourné à Gaza quelques jours avant que Y. Arafat n’y revienne en 1994 de son exil.
L’ambiance était à l’espoir d’une vie enfin normale, débarrassée de l’occupation, des couvre-feux incessants, avec des enfants qui puissent aller à l’école comme tous les enfants du monde…

A deux reprises je m’y suis ensuite rendu avec un ami responsable de la CCAS des Électriciens et Gaziers avec l’objectif de participer, à notre modeste échelle, à la mise en place de projets de solidarité, culturels et de développement, qui ont été rendus impossibles par la politique des dirigeants israéliens dont l’horreur a culminé il y a un an avec la guerre contre Gaza et sa population: 1.400 morts civils et la destruction d’un grand nombre d’habitations et de la plupart des infrastructures.

Cette guerre, où l’on a vu une des armées les plus puissantes du monde, ultra moderne user d’armes interdites (bombes au phosphore,…), se poursuit par l’étouffement silencieux de la Bande de Gaza.
Depuis plus d’un an, les Israéliens maintiennent les Gazaouis dans un siège épouvantable où la nourriture ne rentre qu’au compte-gouttes et où les matériaux de construction sont bloqués.

Pour leur honneur et pour le nôtre de citoyen français et aussi tout simplement d’êtres humains, quatre Grassois: Michel Jeulin, Jacqueline Martin, Kamel Mokhtari et Paul Monmaur se sont joints à la marche pacifique qui le 31 décembre, partant d’Egypte, devait se rendre à Gaza pour obtenir la levée du blocus israélien.
Ces marcheurs ont été bloqués par les autorités égyptiennes au Caire où, en dépit des pressions policières, ils ont occupé rues et places et dénoncé aux yeux du monde la situation faite aux Palestiniens de Gaza (voir la page 9 du Patriote: pdf_patriote_2207)

Mais aujourd’hui, le silence est retombé et, dans ce Bangladesh sur Méditerranée carcéral qu’est devenue Gaza, plus d’un million d’êtres humains meurent à petit feu.
Cette situation est connue. Le rapport de l’ONU établi par Richard Goldstone, pourtant « ami d’Israël », est sans équivoque.
Parmi les juifs de France, parmi  les Israéliens eux-mêmes de nombreuses voix s’élèvent.
Des manifestations ont lieu.
Le film d’animation ci-dessus se passe de tout commentaire. Il a été réalisé par des Israéliens.

Questions:
Jusqu’à quand les peuples du monde pourront-ils accepter cette infamie?
Jusqu’à quand les dirigeants de l’Union Européenne, en premier lieu la France, seront-ils complices de cette tragédie?
Qui osera demain répondre devant le tribunal de l’Histoire, de Dieu, des Hommes ou plus simplement à la question d’un enfant: » je ne savais pas »?

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2 Responses to GAZA: ON NE POURRA PAS DIRE « JE NE SAVAIS PAS »!

  1. Monmaur dit :

    Merci Paul pour ces témoignages personnels dont les premiers éléments remontent à 17 ans déjà ! Ils prouvent combien le malheur qui frappe la Palestine et particulièrement GAZA a été et reste en première ligne des préoccupations de l’homme engagé et du grand humaniste que tu es.

    Mais ils attestent aussi que, dix sept ans plus tard, la situation à GAZA a malheureusement empiré sous la botte d’une des plus puissantes armées du monde comme tu le soulignes.
    Cette dernière, équipée et financée par les USA et l’Europe, est mise au service de l’idéologie sioniste qui est la composante la plus réactionnaire, la plus radicale et la plus colonialiste de l’impérialisme des classes dominantes. Les peuples d’Amérique du Nord et ceux d’Europe portent, donc, une très lourde responsabilité dans la tragédie des palestiniens et ils ont la capacité politique d’y mettre fin. Immédiatement. C’est le principal message que les modestes marcheurs grassois pour GAZA, tout comme les 1400 autres marcheurs internationaux, ont voulu transmettre depuis le Caire et celui qu’ils vont s’efforcer de diffuser, sans relâche, par tous les moyens possibles. « Celui qui ne tremble pas devant une injustice, n’importe où dans le monde, n’est pas un homme » disait Che Guevara.

    Nous ne sommes pas des hommes au sens que ce grand révolutionnaire donnait à ce terme sans doute, mais nous tremblons !

  2. Max A. dit :

    Non seulement on ne POURRA plus le dire, mais, à moins de se fermer les yeux ou d’être complices,comme certaines organisations qu’il est inutile de nommer(quêtes pour soutenir le moral de la soldatesque de « Tsahal !!!), on ne PEUT pas le dire.
    Entièrement d’accord avec l’article.

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