LIRE CHARLES ENDERLIN


L’accueil à Grasse par le Festival Transméditerranée de Charles Enderlin a fait grincer quelques dents y compris parmi des proches.
Ce qui me réjouit.
« Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son » dit la sagesse populaire.
Pour influer sur le réel (et éventuellement pouvoir le transformer), il faut commencer par le connaître affirmait Karl Marx synthétisant ainsi une démarche scientifique universelle.

Ecouter et lire tous les ouvrages de Charles Enderlin et plus particulièrement son dernier livre « Le Grand Aveuglement » (Ed. Albin Michel) n’est pas approuver toutes ses opinions de journaliste ayant fait le choix de partager depuis plusieurs décennies la vie des Israéliens sur la base d’un sionisme affirmé dont il fixe néanmoins « les limites à la Ligne Verte » – c’est à dire aux frontières d’avant 1967, celles qui sont reconnues par l’ONU et par le Droit international -.

Solidaire de tous les patriotes d’ici et d’ailleurs, je rejette par contre les nationalismes quelles que soient leurs origines. Parce que les nationalismes, qu’ils l’affirment ou non, sont toujours porteurs de comportements de supériorité et de conquête.
Le sionisme est une des  idéologies nationalistes bâtie sur la notion de race juive donc d’exclusion et de conquêtes au nom de « droits historiques » dont on connaît les fondements mouvants.

Je ne partage pas non plus la vision de Charles Enderlin sur le Hamas.
Tout mouvement politique évolue en permanence sous la pression du contexte contradictoire dans lequel il agit. C’est vrai pour le Hamas.
Les recherches d’Aude Signoles « Le Hamas au pouvoir. Et après? » (Ed. Milan Actu 2006) et de Khaled Hroub « Le Hamas » (Ed. Demopolis 2008) le montrent.
Charles Enderlin considère, pour sa part, que le Hamas ne peut évoluer car c’est essentiellement un mouvement religieux. Mais cette approche fixiste, essentialiste, fait peu cas de toute l’histoire des mouvements politico religieux de l’Islam comme du Christianisme.
Que cela plaise ou pas, les mouvements religieux ont toujours été l’expression à la fois d’une vision de l’être et du monde mais aussi de revendications sociales et nationales.
D’un point de vue historique, Luther n’est pas seulement un théologien protestant, il est aussi l’expression de la revendication nationale allemande ascendante des couches dirigeantes.
Quant à son opposant religieux et politique Thomas Münzer, « le prophète révolutionnaire » que les Princes Allemands firent décapiter au cours de ce même XVIème siècle européen, il était lui, au contraire, un théologien de la révolution sociale.
Les communistes allemands et la République Démocratique Allemande s’en réclamèrent notamment.

Le Hamas est un mouvement politique se réclamant de l’Islam sunnite.
C’est aussi une force de résistance du peuple palestinien qui a gagné, à Gaza,  les élections de 2006 qui se sont déroulées régulièrement avec la présence d’observateurs internationaux .

Que l’on approuve ou pas ses moyens d’action et sa tactique, qu’on les condamne, le Hamas est vécu aujourd’hui par l’immense majorité des Palestiniens, à commencer par l’OLP qu’il combat et qui le combat, comme une force de résistance.
Sans doute, je rejoins là totalement Charles Enderlin, cette situation résulte du « grand aveuglement » des différents gouvernements israéliens (Likoud comme Travaillistes) et étasuniens (Républicains comme Démocrates) qui n’ont toujours pas mesuré la puissance du sentiment national palestinien et ont mené, depuis des décennies, un jeu particulièrement périlleux.

Charles Enderlin qui a bénéficié de sources exceptionnelles et souvent exclusives pour écrire son livre le prouve brillamment.
D’accord ou pas, les précieux documents qu’il livre doivent être connus de tous. Ils dérangeront bien des idées toutes faites. Ce qui explique les brûlots haineux que sionistes et extrémistes juifs lui consacrent et que l’Association France-Palestine-Solidarité en recommande la lecture.

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2 Responses to LIRE CHARLES ENDERLIN

  1. Latifa Madani dit :

    Paul Euzière a raison de rappeller cet adage « qui n’entend qu’une cloche, n’entend qu’un son« .
    C’est notre mission de susciter le débat, la confrontation d’idées; c’est bon pour la « santé » surtout en ces temps d’hégémonie du prêt à penser. Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec Charles Enderlin (si nous n’écoutions que ceux avec lesquels nous sommes d’accord où irions nous donc?) et nous pouvons le lui dire, – nous le lui avons dit – sans problème. Ainsi, lui a t-on rappellé, le conflit israélo-palestinien est un conflit colonial qui ne peut connaître de solution que politique; on ne peut pas mettre sur le même plan l’occupant et l’occupé, ni renvoyer dos à dos les mouvements religieux extremistes des deux camps..
    En même temps, nous ne pouvons que recommander ses ouvrages et ses reportages car ils sont une source précieuse pour la compréhension du conflit du Proche orient et de ses enjeux. Ils sont une contribution à l’écriture de l »Histoire.
    Nous même, en observateurs avertis, nous pouvons contester sa vision selon laquelle le Hamas, les Frères Musulmans et l’Islamisme sont des mouvements strictement religieux.L’islamisme, comme son nom l’indique ce n’est pas la religion Islam, c’est sa doctrine politique et son instrumentalisation à visée politique.
    Du reste, ne soyons pas naïfs, avant les sécularisations dans les sociétés industrielles occidentales, que faisait – qu’étaient – donc les religions? La conquête des Amériques, Les Croisés etc…Etait-ce autre chose qu’un pouvoir au service de causes politiques?
    Voilà, les sujets de débat ne manquent pas et nous sommes contents d’échanger avec des personnalités de valeur comme Charles Enderlin, qui, malgré des différences de points de vue, a beaucoup à nous apprendre.

  2. Hamoudi dit :

    Un article de « Rue 89 » qui éclaire un peu plus le personnage de C. Enderlin.
    Hamoudi

    « Un enfant est mort » : Charles Enderlin défend son honneur
    Par Pierre Haski | Rue89 | 29/09/2010 |
    Le correspondant de France 2 à Jérusalem revient sur « l’affaire Mohamed al-Dura » et fait le récit de dix ans de harcèlement.

    Dix ans que ça dure. Dix ans que Charles Enderlin endure une cabale l’accusant d’avoir commis le pire crime pour un journaliste : avoir commis un faux, la mort en direct d’un enfant palestinien, Mohamed Al-Dura, dans la bande de Gaza. Il publie un livre sur cette pénible affaire : « Un enfant est mort ».

    Disons le tout net : j’ai connu Charles Enderlin lorsque j’étais correspondant de Libération à Jérusalem dans les années 90, et je le considère comme un excellent journaliste, auteur de plusieurs livres extrêmement pertinents sur les « occasions manquées » de la paix, ou sur les erreurs d’Israël vis-à-vis du Hamas dont nous avions rendu compte sur Rue89.

    Ironiquement, à l’époque, certains confrères l’accusaient plutôt de trop pencher pour Israël où il a fait sa vie depuis près de trente ans, notamment parce qu’il enfilait chaque année l’uniforme de l’armée israélienne pour accomplir sa période de réserve obligatoire. De ce point de vue, Enderlin a sans doute plus fait concrètement pour la sécurité d’Israël que ses détracteurs de Paris ou Washington…

    30 septembre 2000, carrefour de Netzarim.
    Tout a basculé dans sa vie le 30 septembre 2000, au début de la deuxième intifada palestinienne contre l’occupation israélienne, deux jours après la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem.

    Ce jour-là, Charles Enderlin n’est pas à Gaza, car les territoires explosent un peu partout. Mais il dispose sur place d’un caméraman palestinien, Talal Abou Rahmeh, collaborateur habituel de France 2 et d’autres grandes chaînes internationales dont CNN, que tous les journalistes étrangers connaissent bien.

    Talal est au carrefour de Netzarim, au centre de la bande de Gaza, et filme des escarmouches entre soldats israéliens et policiers palestiniens. Pris entre deux feux, Mohamed Al-Dura et son père. L’enfant est tué. Le soir, au journal de 20 heures, Charles Enderlin montre les images de Talal, et affirme que les tirs sont « venus de la position israélienne ». (Voir la vidéo du reportage du 30 septembre 2000)
    Mohamed Al-Dura devient le symbole de la violence israélienne contre les Palestiniens. Sa photo fera le tour du monde, et figure même sur la vidéo de l’exécution du journaliste américain Daniel Pearl par des Islamistes au Pakistan, quinze mois plus tard.

    Depuis dix ans, cette affaire fait l’objet d’une intense polémique, dont Charles Enderlin est la principale cible, avec une violence et une persévérance sans beaucoup d’équivalents. Ses détracteurs l’accusent d’avoir couvert une mise en scène, et affirment même que l’enfant serait vivant, sans toutefois en apporter la moindre preuve factuelle.

    Le seul enfant mort du Proche-Orient ?
    Ce déchaînement pourrait être risible, vu le nombre de morts que cette région a connu au cours de la décennie écoulée, y compris d’enfants, notamment lors de la guerre de Gaza l’an dernier, au cours de laquelle, selon le rapport rédigé pour l’ONU par le juge sud-africain Richard Goldstone, aussi bien Israël que le Hamas palestinien ont commis des « crimes de guerre ».

    Mais cela n’a en rien atténué la campagne. Dans le dernier numéro de la revue Médias de Robert Ménard, l’ancien patron de Reporters sans frontières (RSF) qui lui ouvre complaisamment ses colonnes, Philippe Karsenty, un élu local de Neuilly, principal détracteur français d’Enderlin, accuse :
    « Ils [le père et l’enfant, ndlr] sont vivants à la fin du reportage. C’est la seule chose qui m’intéresse car c’est un faux de la première à la dernière image. »
    Karsenty, qui est soutenu par tout l’establishment pro-israélien en France, dont Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), tente depuis des années de mobiliser politiques et intellectuels, pour faire plier France 2 qui tient bon. Il a remporté quelques succès avec le soutien à sa cause d’Alain Finkielkraut, du producteur Daniel Leconte, ou de l’ancien patron de L’Express Denis Jeambar.

    Cette campagne prend régulièrement des tours haineux. Charles Enderlin reçoit des menaces de mort, et même des courriers électroniques de vieilles connaissances journalistiques qui se sont ralliées à la campagne, et qui lui assurent que « l’odeur du sapin » se rapproche de lui… Ambiance.

    Aucune preuve
    Le paradoxe, dans cette affaire, est que les détracteurs de Charles Enderlin n’ont jamais apporté la preuve de leurs affirmations, et, surtout, que l’Etat d’Israël ne leur a jamais emboîté le pas. Enderlin a toujours une carte de presse israélienne et fait son travail de correspondant de France 2 dans les conditions difficiles que l’on sait, et Talal Abou Rahmeh est même autorisé par les autorités israéliennes à transiter par l’Etat hébreu pour voyager.
    Pour les auteurs du « plus gros faux depuis le Protocole des Sages de Sion » au XIXe siècle, c’est étrange !

    Le récit que fait Charles Enderlin de ces dix ans de harcèlement sur lui, sur sa famille, sur France Télévisions, et sur tous ceux qui refusent d’emboîter le pas à cette campagne, est proprement surréaliste. Jusqu’à l’épreuve du bac que passe sa fille en Israël, et à qui une enseignante israélienne dit lors d’un oral : « Ah, tu es la fille du journaliste Charles Enderlin ? », le reste de l’examen se déroulant « dans un climat d’extrême sévérité ».

    Racontant cette anecdote, Charles Enderlin ajoute :
    « Ce jour-là, j’ai décidé d’écrire ce livre, pour ma famille et mes amis. »

    Mais quel est l’enjeu ? Pourquoi cet acharnement, pour un épisode qui, même s’il a compté à l’époque, a été balayé par le flot d’horreurs et d’atrocités accumulées depuis ?

    Bataille au sein des communautés juives
    La bataille semble plus concerner les communautés juives à l’étranger que les Israéliens eux-mêmes, ou le reste du monde. Comme s’il fallait laver symboliquement l’armée israélienne du soupçon d’avoir délibérément tué un enfant, pour conserver à cette armée son image de pureté immortalisée un jour par Claude Lanzmann dans son film « Tsahal ».
    Circonstance aggravante, Charles Enderlin est lui-même juif, avec une partie de ses ancêtres ayant fui le nazisme, mais un « mauvais juif » ? Car, comme le demande le journaliste dans son livre :« Pour être un bon juif, faut-il accepter la thèse de la mise en scène de l’affaire Al-Dura ? »

    Les journalistes qui défendent Charles Enderlin -une pétition en sa faveur a circulé en 2008 parmi les reporters français- sont généralement accusés de « corporatisme ».
    Mais peut-être, comme bon nombre de signataires, ont-ils vécu des situations similaires à ce 30 septembre au carrefour de Netzarim, qui les empêche d’être réellement surpris par les images de Talal Abou Rahman, et qui leur font douter des motivations de ceux qui refusent d’admettre que c’est une « sale guerre » qui se mène dans les territoires palestiniens.

    A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
    ► Quand Israël pensait que les islamistes étaient ses alliés
    Ailleurs sur le Web
    ► Philippe Karsenty « France 2 raconte des bobards… », sur Revue-medias.com
    Commander sur Fnac.com
    ► « Un enfant est mort », par Charles Enderlin

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