DANIELLE MITTERRAND, UNE RESISTANTE DE TOUS LES COMBATS.


Danielle Mitterrand a été enterrée samedi à Cluny dans ce village de Bourgogne chargé d’histoire où sa famille s’est réfugiée pendant toute la guerre après que son père, Antoine Gouze, Principal de Collège à Villefranche-sur-Saône, a été révoqué séance tenante pour avoir tenu tête au Rectorat qui lui demandait de donner la liste des enfants et professeurs juifs et à noms à consonances étrangères.

Comme son père, Danielle s’engagera dans la Résistance. A 17 ans.Cette expérience qui lui fait côtoyer Berthie Albrecht et Henri Frenay, les fondateurs du mouvement « Combat », la marquera à jamais. « Malgré la peur et les précautions qu’il faut prendre pour protéger sa vie, cette époque reste le temps fort pour tous ceux qui choisirent d’aller au bout de leur engagement et d’en assumer les risques« , écrit-elle dans son autobiographie « En toutes libertés » (Ed. Ramsay)

C’est d’abord cette image impressionnante de Résistante de tous les combats, de cette insoumise intransigeante et attentive, tellement vraie dans sa sensibilité aux malheurs des peuples et des hommes que je garde des échanges pendant les trois journées que nous avons passées ensemble à Grasse et à Bastia en 1997.

Nous l’avions invitée avec le directeur de l’Institut Kurde de Paris, dans le cadre d’initiatives du Festival Transméditerrannée, pour faire connaître le drame du peuple kurde: 30 millions d’hommes et de femmes trahis dans leur espérance nationale à la fin de la Première Guerre Mondiale par les puissances victorieuses en premier lieu Grande Bretagne et France.

Depuis trois ans, Danielle Mitterrand n’était plus « la première dame de France », formule officielle qu’elle détestait et qu’elle n’hésitait pas à « déborder » pour toutes les grandes causes, quitte à déranger l’ordre du monde et « la raison d’État ».
Elle était toujours la Présidente Fondatrice de la Fondation France Libertés, ONG pour laquelle elle se dévouait sans compter, au risque même de sa vie. En juillet 1992, au Kurdistan irakien, elle avait échappé de très peu à un attentat qui avait fait plusieurs morts.

Elle avait assumé pendant deux longs septennats la charge d’accompagner la présidence de François Mitterrand.
Tout en restant d’une fidélité exemplaire à sa mémoire, elle faisait percevoir avec finesse ses différences avec certains des choix qui avaient été faits.

Elle demeurait avant tout une Résistante, simple, déterminée et chaleureuse, une « forcenée de la construction d’un autre monde, d’un monde meilleurs » qui jusqu’à son dernier jour aura dénoncé « les privilèges qui sont encore tout puissants. Il faudrait – écrivait-elle dans « En toutes libertés » – s’attaquer au système qui génère les fractures sociales. Et amener à la raison le véritable meneur, le système de l’argent tout puissant« .

Son dernier grand combat fût celui de l’Eau, pour l’accès de tous et la gestion publique de ce patrimoine de l’Humanité.
Danielle Mitterrand a joué un rôle essentiel dans la création de l’Action pour le Contrat Mondial de l’Eau (ACME).

Dans la dédicace qu’elle m’avait écrite à l’issue de notre périple, elle mettait en exergue « la lutte commune à poursuivre« .
Le meilleurs hommage que l’on puisse rendre à cette grande dame est de « continuer », avec pour paraphraser ses termes « des coups de boutoirs nombreux, percutants et sans concession, mais venant du cœur, s’adressant autant à ceux qu’on aime qu’à ceux qui nous détestent« .

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