KOBANE: « LA BAS OU LE DESTIN DE NOTRE SIECLE SAIGNE… »


Glen

En 1967,  René Mauriès,  grand reporter et rédacteur en chef de « la Dépêche du Midi », publiait son livre  « Le Kurdistan ou la mort »  (éd. Laffont) qu’il consacrait aux Kurdes d’Irak au côté desquels il avait vécu notamment  la bataille de Rawanduz, « le Verdun Kurde » du Mont Handrin.

Alors que les avions de l’armée irakienne bombardent et mitraillent le secteur, il est l’hôte imprévu d’un paysan et de sa femme qui, autour d’un repas frugal, lui fait cette supplique : « Il faut tout dire à l’étranger ».
Et René Mauriès note: « Ce sentiment de la solitude et de l’abandon accable le peuple kurde traqué chez lui.  Et les âmes simples qui ne soupçonnent pas le machiavélisme politique, attribuent cet état de choses à l’ignorance de leur malheur, tant il leur paraît inconcevable que l’on puisse le tolérer ».

C’était il y aura bientôt 50 ans en Irak.
Mais ce qu’il dit de la solitude du peuple kurde morcelé dans quatre pays: la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie auxquels s’ajoutent de fortes communautés en Arménie et Azerbaïdjan, demeure  insupportablement vrai.
Le 10 août 1920, les Alliés -Grande-Bretagne, France, Etats-Unis reconnaissaient officiellement   dans le Traité de Sèvres le droit des Kurdes d’avoir leur propre Etat: le Kurdistan dont l’histoire et la culture remontent sans doute aux Mèdes de l’Antiquité.
Mais dès 1923, les anciens « Alliés » effrayés par un rapprochement entre le président turc Moustafa Kémal et la  jeune Union Soviétique s’empressent de revenir sur leur promesse et sacrifient le droit à l’autodétermination du peuple kurde qu’ils avaient affirmé trois ans auparavant.
Le 24 juin 1923, le  Traité de Lausanne annule le Traité de Sèvres en ce qui concerne les droits nationaux des Kurdes et des Arméniens de Turquie.

Que ce soit en Turquie où la population kurde est la plus nombreuse, en Irak ou en Syrie, et dans une moindre mesure en Iran -où une éphémère république  Kurde exista à Mahabad de novembre  à janvier 1946- les Kurdes ont été, la plupart du temps, les victimes très souvent sanglantes des pouvoirs en place qui n’admettaient pas leurs revendications nationales.

Paradoxalement, mais la richesse du sous sol et la présence massive de pétrole en est sans doute la raison, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont toujours été plus « attentifs » au sort des Kurdes d’Irak (quand ils s’opposaient au régime Baâthiste dans sa phase socialisante) qu’à celui des Kurdes de Turquie pourtant beaucoup plus nombreux et infiniment plus méprisés, niés et persécutés depuis près d’un siècle.
Mais, la Turquie est l’alliée des Etats-Unis et membre de l’OTAN. D’où la mansuétude occidentale à son égard. D’ailleurs que le gouvernement d’Ankara pourchasse les Kurdes turcs et aille jusqu’à  emprisonner jusqu’aux députés  ou bien qu’il réprime avec violence ses opposants démocrates, « l’Occident » regarde ailleurs et se tait.

Aujourd’hui, face à l’ordre terroriste que cherche à imposer l’organisation « Etat Islamique », les Kurdes de Syrie  sous équipés en armes, isolés, encerclés depuis près d’un mois, résistent héroïquement à Kobané sous les yeux d’une « coalition internationale » impuissante car minée par des arrières-pensées divergentes.
Le gouvernement islamo-conservateur turc qui -avec l’assentiment de Washington, Londres et Paris- a pendant trois ans laissé passer des milliers de combattants , les armes et la logistique « djihadiste » a totalement fermé la frontière et bloque toute aide à la résistance kurde syrienne composée de combattants jeunes, hommes et femmes qui se battent pied à pied,avec un courage inouï,  face aux tanks et aux armes lourdes de « l’Etat Islamique ».
Il réprime toute manifestation de soutien: plus de 30 morts! , sans que ne s’émeuvent nos « grands médias » et nos belles âmes…

L’objectif premier des dirigeants islamistes turcs est que les tueurs de l’E.I. liquident les trois régions kurdes de Syrie  qui sont autonomes de fait et sont un « mauvais exemple » par ce qu’elles représentent à tous points de vue -notamment parité homme femme -et pouvoirs locaux- pour les Kurdes de Turquie.

En s’affirmant en faveur  de la création d’une « zone tampon » à la frontière turque, à peu près seul parmi les dirigeants européens, François Hollande ne fait qu’aller dans le sens de la volonté du gouvernement d’Ankara.
Ce choix d’anéantissement des régions kurdes et de démantèlement de la Syrie est aussi  irresponsable et aveugle que l’ont été l’invasion de l’Irak sous l’administration Bush ou la guerre en Libye déclenchée  par Sarkozy.
Il porte en lui le chaos au Proche-Orient et, à terme, en Turquie aussi.

Faisons que les combattants  de Kobané , ces jeunes femmes et hommes qui se sacrifient  « là bas où note siècle saigne » pour reprendre un vers d’Aragon, ne soient pas abandonnés sous nos yeux complices.
Exigeons que  le gouvernement français agisse sans délais auprès d’Ankara pour que la frontière soit ouverte, que les aides en armement, en nourriture, en médicaments puisse parvenir aux combattantes  et au combattants de Kobané !

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