EDMONDE CHARLES ROUX, SINGULIERE ET UNIVERSELLE REBELLE


Edmonde Charles Roux
Réunion de préparation de la soirée de solidarité avec les femmes algériennes à Marseille (Nov. 1995)
De gauche à droite: Khalida Messaoudi, porte parole du RCD, Baya Jurquet du RAFD Marseille, Edmonde Charles Roux et Nicole Borvo, sénatrice communiste des Bouches du Rhône.

Dans cette suite des femmes exceptionnelles que le Festival TransMéditerranée a accueillies, depuis sa création et cette année encore, chacune occupe une place unique par son engagement et par son rayonnement.
Ce n’est jamais sans remise en cause définitive de soi même  et de sa vision du monde que l’on échange, débat, construit avec Maria Gazi, Grecque  d’Egypte pivot pendant des années de la solidarité démocratique avec les femmes du Proche-Orient, avec Victoria Donda, enfant volée de la dictature argentine devenue députée et Présidente de la Commission des Droits de l’Homme,  avec Hayat Zirari, Responsable des Centres d’écoute des femmes du Maroc… avec tant d’autres de ces véritables héroïnes tellement modestes.

Parmi ces rencontres particulièrement marquantes,  Edmonde Charles Roux qui est morte ce 20 janvier 2016. L’occasion de revenir sur le parcours peu commun de cette combattante, femme de presse, écrivaine, Présidente de l’Académie Goncourt, Présidente des Amis de « l’Humanité », qui sut avec une rare élégance allier ses origines de grande bourgeoise avec une suite d’amitiés iconoclastes et en apparence paradoxales qui allaient d’Aragon à Elsa Triolet en passant par Jean Genet, mais aussi Coco Chanel et le Maréchal De Lattre de Tassigny

Edmonde Charles Roux avait à l’égard du convenu, cette « faculté d’irrespect » si française  dont Roger Vailland disait : « Dans nos grandes époques, elle a ébranlé toutes les puissances du monde : l’autel et le trône. Une leçon d’irrespect : voilà le don qu’on se croit toujours le droit d’attendre d’un français ».

La logique de ses amitiés et de sa vie souvent « irrespectueuse » tient à son esprit de résistance -et de Résistante- à l’ennemi et à l’Occupant d’abord durant la IIème guerre mondiale, mais aussi de refus de toutes les facilités.
Elle tient aussi à sa fidélité, fidélité à sa ville Marseille dont elle devint l’épouse du maire, Gaston Defferre sans se renier, fidélité à la Méditerranée, à ses hommes et femmes, de la Sicile aux sables d’Algérie, d’une fidélité jamais démentie aux insoumis et encore plus aux insoumises.

A l’occasion de la parution du premier tome de sa biographie monumentale consacrée à Isabelle Eberhardt, « Un désir d’Orient », le Festival Transméditerranée avait accueilli à Grasse et à la Trinité Edmonde Charles Roux qui avait alors fait partager sa passion pour cette femme rebelle atypique, d’origine russe, qui, à la charnière des XIX et XXème siècles, parcourut l’Algérie et le Sahara déguisée en homme, y vécut de grandes passions, sans jamais rentrer dans aucun « cadre ».
Ce livre, elle l’avait dédiée aux femmes d’Algérie qui devaient affronter la terreur islamiste en ce début de la décennie 1990.
C’était, disait-elle, sa  « petite aide » à leur combat.

Sa contribution fut beaucoup plus décisive, lorsque le Festival Transméditerranée organisa fin 1995 à Marseille, au théâtre Toursky, une grande soirée de solidarité avec les Algériennes démocrates.
Il y avait là des figures de premier plan menacées de mort qui résistaient et maintenaient l’espoir: Zazi Sadou, Khalida Messaoudi, Lucette Hadj Ali, etc.

Les soutiens étaient réels: les Electriciens et Gaziers de la CMCAS de Marseille alors présidée par Jean Claude Alési, Richard Martin et l’équipe du Toursky, Octave Lepizzera et l’AFASPA. Mais les défis étaient nombreux, car à ce moment là, peu se souciaient en France du combat d’avant-garde solitaire que menaient les femmes algériennes taxées, elles aussi, d’éradicatrices par les milieux bien pensants.
Comme souvent, avec le Festival TransMéditerranée, nous étions à contre courant.

Edmonde Charles Roux, avec simplicité et disponibilité, mit tout en œuvre avec son réseau de relations, pour le succès de cette soirée à laquelle elle tint à participer activement.
Elle fut avec toute sa rare élégance aussi chaleureuse avec la sénatrice communiste Nicole Borvo et Pierre Barbancey qu’avec les Algériennes, ses soeurs résistantes d’Outre-Méditerranée dont elle, l’insoumise, proclamait haut et fort l’exemplarité.

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