DEUX, TROIS CHOSES IMPORTANTES QUE J’AI APPRISES DES ALGERIEN(NE)S RESISTANT A LA TERREUR « DJIHADISTE »


 Haouch el Gros (2)
Chez Rabea Sellami (au deuxième plan), avec Momo Baglietto
et deux « Patriotes ».

La lecture du livre récent de Horria Saïhi« Voix sans voile » (éditions Helvétius) qui relate les bouleversants -et tellement dignes- témoignages à chaud des femmes d’intellectuels, de paysans et ouvriers, de syndicalistes, de chercheurs et créateurs assassinés par les groupes islamistes armés- m’a replongé dans ces quelques dix années pendant lesquelles, au Festival TransMéditerranée, nous nous sommes employés à mettre en oeuvre une solidarité concrète avec les Algériens menacés d’assassinat et aussi à expliquer les véritables enjeux de ce qui se produisait en Algérie et qui nous concernait directement nous aussi de ce côté de la Méditerranée.

Lorsqu’on l’a vécu, on reste marqué à jamais par la sonnerie redoutée du téléphone annonçant chaque jour l’assassinat de l’un, puis de l’autre, une véritable décimation -pensée et organisée- qui avait commencé par le meurtre à Annaba le 29 juin 1992 du remarquable homme d’Etat qu’était le Président Mohamed Boudiaf, qui s’est ensuite étendu aux journalistes, aux policiers et militaires, magistrats, artistes, comédiens, aux religieux -catholiques et  imams musulmans, pour s’étendre à toute la population, aux massacres de villages entiers de familles de pauvres paysans…

Alors que se multipliaient en France, les pseudos reportages qui tentaient d’occulter la résistance populaire au djihadistes financés et armés par l’Arabie Séoudite wahhabite avec la complicité des dirigeants des Etats Unis, nous n’étions pas nombreux à dire haut et fort que les intégristes étaient responsable de cette terreur de masse.
D’ailleurs, ils revendiquaient et justifiaient leurs tueries par la parole, par écrit, dans des cassettes vidéo qui étaient disponibles.
Les fatwas du Groupe Islamiste Armé circulaient librement dans les mosquées londoniennes.
Le numéro 3 du FIS, A. Haddam, plastronnait aux Etats-Unis où il avait quasiment rang diplomatique.
Il a fallu la longue action déterminée du Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates (RAFD)  soutenue par un cabinet d’avocates new-yorkaises pour obtenir que les dirigeants des E.U. se décident -tardivement- à agir…

A Paris, l’intox régnait, notamment sur la chaines de télévision et les radios publiques.
C’était le temps de l’ordurier « Qui tue qui ? »
En clair, les auteurs véritables des tueries, et de ces horreurs qui n’étaient que le prélude prévisible de celles d’Al Qaïda, des Talibans et  de Daesh, auraient été commises par les « Services » algériens.
Pendant des années, nous avons donc agi à contre courant.
Nous nous sommes battus pour faire entendre l’autre voix, celle des femmes et des hommes, d’un peuple qui résistait magnifiquement de mille manières.

Je me souviens de ce voyage d’une quinzaine de jours en avril 1996 à Alger et dans la Mitidja martyrisée par les hordes d’assassins du GIA, de Boufarik et Haouch el Gros où la veuve et la fille de Mohamed Sellami, ingénieur agronome fondateur des groupes de « Patriotes » nous accueillit, avec « Momo » Maurice Baglietto,  Pied noir communiste,  qui avait décidé de rester en Algérie où il était né et qui y est resté jusqu’à sa mort le 22 février dernier en  partageant les épreuves du peuple algérien.
Momo Baglietto ne tremblait pas, pas plus que les Patriotes et les femmes admirables qui nous accompagnaient. La mort était partout.
A Haouch el Gros -d’où était originaire non seulement Mohamed Sellami  mais aussi le dernier chef du GIA, « l’Egorgeur de Boufarik », Antar Zouabri (comment peut-on dire cette ignominie que ces assassins connus de tous étaient des agents des « Services »?) tué en 2002, j’ai vécu la résistance de tout un peuple.
La résistance des « cheiks » -les Anciens en dialecte algérien- qui ne se sont jamais plié à l’ordre islamiste, la résistance des jeunes qui voulaient d’autres lendemains, la résistance inimaginable  que Rabéa Sellami et sa fille Hadjar ont opposée en lançant des parpaings du toit de leur maison contre les islamistes qui voulaient les tuer, en apprenant ensuite à manier la kalachnikov.

Lorsque je suis revenu en France, rempli de ce vécu, de ces moments de peur et de fraternité et de ces visages inoubliables, j’ai découvert, stupéfait, un article du « Monde » traduit de l’espagnol et écrit par le correspondant au Maroc (!) du journal « El Pais ». Il traitait les groupes de « Patriotes » de « seigneurs de la guerre » et se concluait en assurant « qu’ils [les groupes de Patriotes] font tout leur possible pour transformer cette guerre en une cruelle boucherie« .
Le plumitif qui écrivait ces ignominies sur ces Algériennes et Algériens qui résistaient à la terreur était, lui, dans un autre pays, à des centaines de kilomètres de la tragédie…
Je cite l’intégralité de cette lettre à laquelle « Le Monde » n’a évidemment pas répondu dans mon livre « Passions algériennes -Itinéraires pour une réflexion » (Ed. Temps des cerises).

A ce peuple là, à cette résistance quotidienne, les Français et, au delà les Européens, peuvent dire un grand merci.
Imagine-t-on les conséquences qu’auraient eues pour nous la prise du pouvoir à Alger par  les djihadistes wahhabites, cette autre variété de fascisme théocratique ?

Revenir sur cette longue décennie algérienne est indispensable.
Le livre de Horria Saïhi préfacé par Pierre Barbancey le permet fort utilement. Car ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la suite de ce qu’ont vécu les Algériens.
La France « officielle » a ignoré ce qui se passait Outre-Méditerranée.

L’importation du terrorisme djihadiste en France n’est que le fruit d’un aveuglement coupable et irresponsable, d’une volonté délibérée d’ignorer les mécanismes qui le produisent et d’une complaisance persistante avec  ceux qui le finançait hier en Algérie, aujourd’hui chez nous.

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