« RUE DU PARDON » de MAHI BINEBINE, UNE ODE AUX FEMMES LIBRES


 

Peintre et sculpteur de renommée internationale, Mahi Binebine est aussi un écrivain confirmé dont les précédents romans sont traduits aussi bien en Anglais, Espagnol, Italien et Allemand qu’en Grec et Coréen.
Après avoir dressé avec « le Fou du Roi » (Ed. Stock) le tableau des arcanes du makhzen, le pouvoir monarchique au Maroc, à partir des archives d’un père fascinant, abhorré mais finalement aimé, immense poète courtisan et confident – jusqu’à son dernier moment de « Sidi » ,le roi Hassan II-  Mahi Binebine revient à un autre univers, celui du « monde morne, triste, sans fantaisie et d’un ennui mortel » d’une famille de la Rue du Pardon, venelle de la Médina de Marrakech, d’où va émerger une artiste, dérangeante et rebelle, une femme libre, prénommée Hayat, la Vie en arabe, « un prénom qui la dépassera ».

Au terme d’une histoire « improbable et tragique, comme le sont souvent les histoires de chez nous »  -écrit Mahi Binebine- Hayat deviendra une cheikha, une de ces femmes  qui animent les fêtes, chantent et dansent sans tabous et mettent les salles en transe, « les reins cambrés et le regard tourné vers les étoiles ».

Les chikhates sont une des originalités culturelles du Maroc qui prend sa source dans l’art populaire de l’aïta, sorte de complainte résultant de la fusion entre l’art arabe apporté par les tribus d’Orient et la tradition amazighe avec souvent pour thème l’amour, le plaisir, la beauté, la nature. Mais l’aïta, qui est présente dans toutes les régions du pays, est aussi un appel au ralliement, un chant de révolte et de transgression dans un pays où les interdits sont nombreux.

Pratiquer l’aïta, c’est donc faire entendre les voix imprévisibles du petit peuple et des bas quartiers dans le monde convenu et souvent hypocrite des milieux les plus aisés.
Pour leur liberté de ton et de vie, les chikhates sont aimées et décriées, adulées parfois, et en même temps marginalisées.

Hayat n’échappera pas à ce destin ni surtout aux malédictions familiales, « à la raideur sèche et austère » des siens,  à l’horreur d’un père destructeur, au silence accablé d’une mère, à la folle jalousie de ses sœurs d’adoption.
Mais grâce à cet autre monde que lui ont fait découvrir son merveilleux grand-père, portier en chef d’un hôtel prestigieux, et une voisine la Diva Serghinia, « Mamyta », une cheikha, qui deviendra sa tendre mère adoptive, Hayat l’enfant saccagée de la Rue du Pardon prendra son envol. La chrysalide deviendra papillon.
« On dit qu’un oiseau élevé en cage ne survit pas à la liberté. J’étais cet oiseau là, mais résolue à prouver le contraire. Je voulais vivre et danser; entrer de plain-pied dans un monde gouverné par la beauté, la bienveillance et la couleur. Une orgie de couleurs… ».

Enfant de Marrakech, Mahi Binebine en connaît la grande Histoire et les petites, les couleurs et les personnages qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’en montrent les dépliants touristiques.
« Rue du Pardon » est d’abord un roman tiré d’une histoire vraie, revisitée, romancée vécue de l’intérieur. Par la magie d’un langage très travaillé et par son rythme, il rejoint parfois le conte.

Mais il est beaucoup plus que cela.
Il est l’ode colorée d’un grand romancier et plasticien à ces femmes libres, d’authentiques résistantes,  que sont les chikhates. Un hommage sensible à ces femmes artistes issues des profondeurs du Maroc qui savent que « la liberté ne se donne pas », mais « qu’elle s’arrache ».

Paul Euzière

« Rue du Pardon »  Mahi Binebine, -Ed Stock- 16,50 €

Dans le cadre du Festival TransMéditerranée,
Mahi Binebine présentera « Rue du Pardon » -déjà sélectionné pour le Prix Renaudot 2019, à Grasse,
vendredi 24 mai, 18h30, Villa Fragonard.

Entrée libre.
Pour tous renseignements :
ftmed@wanadoo.fr ou bien 04 93 36 28 18

 

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